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Le San Francisco de Kenneth Rexroth(1960)
Me voici
Me voici
Huneker possédait une authentique fantaisie de journaliste. Il rédigea un guide des bières européennes fascinant, bourré de moqueries acerbes à ladresse des buveurs de vin et de leur snobisme. Bien avant que les intellectuels ne le découvrent, avant même que Sartre et les revues intellectuelles ne voient le jour, Huneker écrivit sur Kierkegaard, le philosophe danois tourmenté. Cest dans la presse, dès les années 1900, quil publia ses textes, alors que nul nétait supposé connaître de telles choses. Adolescent, je lus tous ses livres, imitai ses comportements et résolus de mettre mes pas dans les siens. Je me mis donc à travailler pour le Chicago Herald and Examiner de la folle époque immortalisée dans le roman The Front Page. Après ce petit tour au royaume du journalisme des années vingt, je décidai que ce monde était beaucoup trop rude pour moi. Mon père était mort alcoolique et je me voyais prendre directement sa suite au lieu de celle de Huneker. Les années passèrent durant lesquelles je menai une vie tranquille. À peu près au moment où jaurais pu me voir offrir le fauteuil de Huneker, si javais patienté dans la carrière et en admettant que je nen sois pas mort, une voix au téléphone me dit: Ici, LExaminer. Quand je pense à toutes ces années économisées. Quarante ans sans sen faire! Ce qui prouve que javais eu raison. De quoi parleront mes chroniques? De choses et dautres. De ce qui me passe par la tête. À coup sûr, je ne jouerai pas les Hommes en Colère professionnels. Je crois mener une vie relativement civilisée, qui me plaît et dont jaime dire à quoi elle ressemble. De temps en temps, peut-être, jaborderai un grand problème et me montrerai courageux, comme on dit. Jaimerais que ce soit à mon insu, car lune des marques de civilisation est de ne pas avoir conscience quon fait preuve de courage. Une semaine, je parlerai dun livre, la fois suivante dun exposition ou peut-être seulement dun film et, la semaine daprès, il sera question de jazz, dune bonne adresse de restaurant, dun concert de musique de la Renaissance. Jaime pratiquer la varappe, le ski, la pêche à la mouche, il en sera éventuellement question. Ce nest pas dire que je déteste les Grands Problèmes, mais je partage lopinion couramment acceptée chez les journalistes selon laquelle les Grands Problèmes doivent être rattachés à la vie concrète. Qui sadresse au public doit parler de choses et non dabstractions, aussi nobles soient-elles. Un problème qui nest pas concret nen est probablement pas un. En cela, les lecteurs sont plus intelligents que de nombreux écrivains et beaucoup plus intelligents que de nombreux penseurs... De tout temps, San Francisco semble avoir bénéficié dun climat salubre pour une forme de journalisme personnel; pour lessai de circonstance; la chronique intime, de Bret Harte à Ambrose Bierce, en passant par Fremont Older et John D. Barry. Il y a là toute une tradition à laquelle je suis fier de massocier. Aujourdhui, les journaux publient tous des chroniques, les unes excellentes ou bonnes, les autres mauvaises ou quelconques. Tous nos chroniqueurs ne sont pas, tant sen faut, des amateurs de nouvelles sensationnelles. Les plus cancaniers dentre eux nont jamais colporté autant de ragots que certains autres aux États-Unis. Beaucoup ont su dispenser sagesse et clarté entre leurs lignes. Je viens de le dire, il sagit dune grande tradition à laquelle je suis fier de massocier. Quoi quil en soit, Huneker: me voici! (31 janvier 1960)
San Francisco la nuit
De notre table, nous avons comparé les rues avec celles dautres villes, dautres cafés, dautres époques la place Saint Marc, la Closerie des Lilas sous les arbres près de la grande fontaine à Paris où, il y a un demi siècle, les poètes aimaient se rendre, les terrasses, enfin, du merveilleux cours Mirabeau: lombre de ses platanes est si épaisse quon se croirait plongé dans une jungle aquatique. Nous étions daccord, mes amis et moi, pour dire que ces foules californiennes, dans les premières nuits tièdes du printemps, étaient différentes. Manifestement, elles étaient plus riches. Mais quelque chose dautre, quelque chose qui jadis était bien plus européen que californien et qui, dannée en année, là-bas semble se perdre, émanait delles: de bonnes manières et une sorte de bonne volonté rayonnante, la joyeuse courtoisie qui est le signe dune vie civilisée, accomplie et confiante. Les Américains sont censés être un peuple tendu, frustré, compétitif, prédateur, obsédé par le sexe. Rien de tel ne transparaissait sur ces visages. Ils semblaient passer leur temps tranquillement à se détendre. Nos mariages se défont, notre jeunesse est au bord de la délinquance. Nul ne paraissait sen apercevoir. Le Strontium 90, le couloir de Berlin, léchec du dernier vol spatial, tout le monde avait de quoi se sentir inquiet, tourmenté, et nul ne létait. Ces promeneurs étaient loin de ressembler à de riches oisifs. La plupart étaient de jeunes employés de bureau auxquels étaient mêlés de nombreux ouvriers, en costume pour la sortie du soir, et leurs épouses avaient lair de mannequins de mode, comme le remarqua mon ami. Une autre différence nous apparut cependant. Par comparaison avec une foule européenne, celle-ci, à de rares exceptions près, avait une apparence curieusement virginale, intacte. Aux yeux dun écrivain européen qui avait passé des années sous les bombes et plusieurs mois dans un camp de concentration, ces gens semblaient dune innocence enfantine. Peu de visages étaient marqués par la dureté et moins encore portaient cette expression particulière de sagesse qui vient à ceux qui ont perdu toutes leurs illusions après avoir traversé une longue tragédie sociale. Il y avait simplement quelque chose dun peu effrayant à penser que le sort de la moitié de la planète ou presque reposait entre leurs mains. Eux-mêmes ne semblaient pas le savoir et, apparemment, nen avaient cure. Le mieux, cest que tous les observateurs impartiaux ont relevé chez les foules moscovites une comparable innocence. En dépit de quarante ans de propagande, le Russe moyen parait éprouver quelque difficulté à assumer son rôle dhomme désigné par le destin. Les deux peuples sur lesquels repose à cette heure lavenir du monde se comportent en gentils enfants qui dégusteraient la récompense de lHistoire comme on déguste un gâteau plein de crème. Tous, à lexception dune poignée dintellectuels aux opinions, de toutes façons, arrêtées. Nous allâmes ensuite au théâtre chinois. Tourbillon de plumes de faisans; claquement des bannières; personnages à la sensibilité suraiguë; vierges éplorées; juges vertueux; sages grands-mères qui finissent toujours par tout arranger: depuis huit siècles au moins, soir après soir, dans des millions de théâtres, devant des milliards de spectateurs, le théâtre chinois a édifié, conforté, prolongé à perpétuité limage dominante que le peuple de la Chine se fait de lui-même. Celle dun peuple brave, magnanime, compatissant, tempéré et, au besoin, rusé. Quoi quil advienne, sans même tenir compte de son nombre immense, aucune catastrophe ne peut arriver à un tel peuple, grâce à limage limpide, confiante et néanmoins très sage quil sest forgée de lui-même. De retour à minuit à la terrasse du café, les différences entre ces foules et celles de la Coupole ou des Deux Magots devint criante. Limage de lhomme moderne: oui, les Français, à linstar des Chinois, ont deux-mêmes une image. Une image sérieusement abîmée, que beaucoup dentre eux naiment guère quils détestent, en vérité, et dont lune des principales fonctions sociales est quils peuvent la rejeter. Aliénation est le nom quils lui donnent. Mais elle existe. Il faut, dune manière ou dune autre, sy confronter. (21 février 1960)
Shakespeare joué par des amateurs
Pour commencer, ils sont plus fidèles à Shakespeare. Leurs spectacles ressemblent physiquement, peu ou prou, à ce quétait une scène en ce temps-là. Ils nont guère recours, voire pas du tout, aux changements de décor, ce qui donne à la pièce un rythme rapide; leurs costumes sont simples, exprimant clairement le caractère des personnages; le jeu de leurs acteurs est direct et sensé. A Broadway ou au cinéma, Shakespeare sert dordinaire de support à quelque tête daffiche, ce qui a presque toujours pour effet de déséquilibrer la représentation. Le pouvoir appartient aux noms célèbres. Les acteurs vedettes et les metteurs en scène peuvent imposer leurs propres interprétations du texte, et le font délibérément. Cela ne crée aucun problème, je suppose, à ceux qui se sont déjà familiarisés avec Shakespeare. Pourtant, je naurais pas aimé pour ma part découvrir son théâtre au travers des récentes versions filmées de Hamlet et de Macbeth. Lacteur débutant qui se livrerait au genre dexcentricités auxquelles on assiste, serait recalé à ses examens et il se verrait retirer tous ses rôles. Il se peut que loeuvre de Shakespeare soit très profonde, compliquée et psychologique. Elle est, à mon avis, trop profonde, trop compliquée et trop psychologique pour être confiée à linterprétation de quiconque nest pas un grand acteur ou un grand metteur en scène. Sa profondeur, son sens des motivations et du caractère humains, celui de linterdépendance étroite entre lindividu et ses actes, ne devraient passer la rampe que dans les termes les plus simples. Le théâtre de Shakespeare, sous sa riche langue élisabéthaine, est un art dramatique très pur et très clair, tellement transparent que ses profondeurs formidables ne se révèlent quaux spectateurs qui possèdent déjà en eux profondeur, intuition, expérience et sagesse. Ce sont nos propres vies que jugent des drames comme ceux-ci ou ceux des Grecs. Les grands héros des tragédies de Shakespeare, nul doute, sont chargés de beaucoup de sens pour une vedette internationale. Par contre, lexistence tapageuse et tempétueuse que mènent les célébrités, et leur tendance à la transposer et à la projeter dans Hamlet, Macbeth ou Lear ne ressemble ni à ma vie ni à la vôtre. Et Shakespeare nen ressort que trop souvent appauvri au lieu dêtre enrichi. La poésie du texte rayonne, pourvu que la diction en soir simple et claire, sans quil soit besoin de linterpréter. Les plus vulgaires, dans le public, comprennent toujours la farce, le sang, le bruit du tonnerre, les grosses plaisanteries, le pathétique. Les sages savent trouver la sagesse au-delà de la philosophie. La tâche des acteurs, du metteur en scène, des décorateurs devrait simplement consister à laisser Shakespeare faire tout seul le travail... (27 mars 1960)
Pasternak, Supervielle et Frost
Cependant, à moins que quelquun nappuie sur le mauvais bouton, tout cela passera. Chacun aura bientôt oublié les causes de ce tintamarre. Seuls les séismes auront égratigné lécorce terrestre. Horace le disait déjà et, après lui, Shakespeare, puis Théophile Gautier. Troie a été rayée des cartes mais, plus de trois mille ans plus tard, on récite encore Homère; un poème dédié à une fille a survécu à tous les Césars; un recueil de sonnets et de pièces de théâtre a résisté au déclin et à la chute du plus puissant des empires. Trois poètes sont entrés dans lactualité de notre époque troublée et chancelante. Boris Pasternak est mort, officiellement déshonoré dans son propre pays quil refusa si obstinément de quitter. Une des seules choses que lavenir retiendra concernant Kroutchev est quil rendit les dernières années dun écrivain difficiles et quil précipita sa mort. Les siècles qui viennent verront probablement peu de différence entre notre culture de masse mercantile et celle des Russes sinon que, là-bas, chacun est contraint daimer la culture quon lui sert et quil nexiste rien à côté delle. Imaginez ce que serait votre vie si on venait vous chercher sous prétexte que vous naimez ni les romans ni la musique grand public. Une littérature vulgaire doit sa vulgarité à labsence en son sein de toute vraie comédie ou tragédie. Les Russes ou, plus précisément, leurs gouvernants sont restés persuadés quils ne peuvent se permettre ni lune ni lautre en grande quantité. Pasternak était certainement leur plus grand écrivain, et son oeuvre me rappelle toujours cet autre grand révolutionnaire désillusionné que fut Tourgueniev, son pathétique désabusé, son sens du comique et de la mélancolie propres à la vie russe: les nuits sombres, le cours des vastes fleuves, les plans qui échouent constamment; les existences obscures qui auraient pu ne jamais voir le jour. Dans un pays qui lutte constamment pour se dépasser, se surpasser, lui-même et tous les autres, il sagit là dune littérature pas très saine. Une littérature qui ne favorise pas les affaires. Jules Supervielle était un des poètes modernes les plus discrets. Il nécrivit rien, ni ne fit rien, qui puisse déranger. Il ne signa aucun manifeste. Nappartint à aucun mouvement. Sa poésie était sereine, pleine de fantaisie, sans complication. En apprenant sa mort, les Français furent surpris de découvrir quils venaient de perdre lun de leurs écrivains les plus importants. À limage de certains autres poètes dans lhistoire, il écrivait humblement sur des sujets ordinaires. Dans une période dexpérimentation exubérante, il introduisit quelques innovations de valeur dans la technique poétique, mais avec tant de subtilité, que seuls les poètes purent sen apercevoir. Les principaux thèmes de Supervielle sont sa propre vie, la nature, les animaux et les amants. À de nombreux égards, il fait penser à un Pasternak dont loeuvre aurait pu sépanouir dans un pays moins troublé; et, chez nous, il rappelle Robert Frost. Un pathétique désabusé, un comique triste, la mélancolie. Oui, toute existence engendre cela, en Russie comme en France. Seulement Supervielle eut la liberté den rire plus facilement. Lui et son oeuvre paraissent si simples, si peu prétentieux. En y repensant, maintenant quil est mort, tous les critiques saperçoivent que, pour une fois, ils peuvent employer un mot le mot magnanime dont peu décrivains actuels sont dignes. Combien de poètes modernes sont doués dun grand coeur, dun but noble, dune voix douce? En pleine tourmente internationale, au beau milieu de la politicaillerie intérieure, le Congrès américain vient dautoriser que soit frappée une médaille à leffigie de Robert Frost, qui sera remise au poète par le président. Seuls ladmiration et le bon sentiment ont motivé cette décision. Lavenir verra sans doute dans ce geste aussi une parenthèse de lucidité dans une ère de folie... Comme il est probable quaucun autre journal américain, et de rares journaux français, auront cité du Supervielle, et puisque toi-même, patient lecteur, tu nauras plus loccasion dentendre parler de lui, jai pensé que ce serait une bonne idée de se quitter sur un poème dadieu que Supervielle écrivit en apprenant quil était atteint dune maladie mortelle.
(3 juillet 1960)
Le théâtre kabuki
À lâge de quatre ans, ma fille aimait se déguiser dun kimono et, munie de sabres, nous jouer Benkeï sur le pont, une pièce no quelle navait vue quune seule fois au cinéma. On annonce cette année, en seconde partie, quelques épisodes tirés des Quarante-sept samouraïs. De quoi envoûter les plus exigeants des petits garçons qui ne jurent que par les westerns de la télévision. Affirmer quun spectacle est bon pour les enfants est-il un critère de jugement valable en matière de théâtre? Je nen doute pas un instant. Toutes les grandes oeuvres théâtrales parlent de types humains caractéristiques et intemporels, placés dans des situations relativement peu compliquées les ennuis que pourraient rencontrer les hommes, partout. Il est vrai que les héros, les héroïnes et les méchants ont parfois, en face de telles situations, des réactions compliquées. Mais ces dernières doivent sinscrire, au théâtre comme dans la vie, dans des actions claires, bien délimitées. La profondeur psychologique doit être présente; mais de sorte quelle ne soit perçue que par les spectateurs qui la possèdent déjà en eux. Elle ne saurait apparaître à la surface sans que la cohérence de laction ne soit entièrement détruite. Le sens premier dune intrigue doit être évident, afin que tout le monde, hormis les faibles desprit, la saisisse du premier coup. Voilà ce qui me paraît définir un théâtre compréhensible par des enfants à son degré le plus élémentaire. Jai toujours emmené mes filles voir du Shakespeare, même joué par des amateurs, dès que possible, à San Francisco. Elles nont jamais paru éprouver la moindre difficulté à comprendre ce qui se passait sur scène. Naturellement, elles le transposaient à leur niveau, mais sans perdre le fil de laction, en sesclaffant au moment des blagues et en tremblant quand il y avait des larmes et des morts. Sous la surface, sans quelles sen rendent compte, elles voyaient se tramer la mystérieuse confusion de lesprit humain, à propos de laquelle critiques et psychanalystes pourront discuter à linfini. Lexpression le théâtre apprend à vivre ne signifie rien dautre, je présume. Quand on est jeune, on est tenté davaler la pilule en commençant par la couche de sucre; mais sans couche de sucre sur la pilule, le théâtre nexisterait pas. Je ne dis pas que les grandes oeuvres dramatiques trahissent la vie la vie ressemble effectivement au théâtre. Ses auteurs nabordent pas toujours des sujets sains ou des situations que nous pensons être courantes dans notre société. Pourtant, qui nierait quun enfant, ou ladulte le moins intelligent, pourrait comprendre les tragédies grecques parlant des ennuis familiaux dOreste et dOedipe? ... Il en va de même avec le kabuki japonais et le théâtre no. On se sent un peu comme un non-catholique qui assisterait pour la première fois à la grand-messe de la Pentecôte à la cathédrale. La langue est incompréhensible. Chaque déplacement saccompagne dune musique énigmatique et de chants étranges. Les acteurs agissent sans raison apparente, bien que chacun de leurs gestes semble revêtir la plus haute importance. Tous sont drapés dans de splendides costumes rouge et or. Ils se parlent sur scène avec la plus exquise courtoisie. Dabord, vous croyez assister à un rituel impénétrable. Et puis, soudain, sans que vous sachiez pourquoi, tout se met en place et vous êtes entraîné par lillusion dramatique, emporté par la magie. Peu à peu vous comprenez, par leffet du rituel lui-même, que la pièce touche aux questions essentielles de la vie, qui sont ici posées dans leur expression la plus noble. Le théâtre vulgaire se prétend réaliste. Shakespeare, la tragédie grecque et le théâtre kabuki rivalisent dillusion. Le kabuki est un art cent fois plus formalisé que la danse classique et ne ressemble à rien de réel sur la terre ou au ciel. Et cependant, à la fin de la pièce, vous navez pas le sentiment davoir été trompé. Vous vous sentez comme au retour dun voyage sur une autre planète, sur laquelle la vie telle que nous la connaissons aurait été reformulée dans des termes plus nobles, avec une clarté splendide et lélégance dun rite. (10 juillet 1960)
Popularité de la poésie
En tous cas, cette réaction prouve une nouvelle fois ce que je ne cesse de répéter: la poésie est réellement populaire. Les lecteurs aiment la bonne poésie, la poésie qui a quelque chose à leur dire. Il est vrai que, pendant longtemps, la poésie américaine contemporaine natteignit quun public restreint. Pourquoi en serait-il allé autrement? La plupart des poèmes nétaient pas même modernes, mais ennuyeux, académiques, écrits par des gens qui menaient une vie ennuyeuse, étriquée et académique. On simaginait dans les salons quil était affreusement vieux jeu décrire sur des sujets aussi vulgaires que lamour, la mort, la nature toutes ces réalités qui arrivent aux hommes réels. La raison en était, évidemment, que les choses réelles narrivent pas aux gens étriqués; ou que ceux-ci ne peuvent les comprendre; moins encore les assimiler et les célébrer ensuite pour les autres dans des poèmes. Quant à trouver la moindre trace de responsabilité sociale chez ces poètes, je dirais que, pendant des années, les prix, les bourses de poésie, ainsi que les postes denseignement, furent contrôlés par une clique dimitateurs des colonels sudistes de la littérature, disciples de Thomas Nelson et de T.S. Eliot, qui se disait classiciste, anglo-catholique et monarchiste de Saint-Louis. Qui, je vous le demande, en dehors des hospices pour anciens combattants du Sud, pouvait se sentir concerné par cette poésie-là? Pendant ce temps, des auteurs aussi différents que Robert Frost, Carl Sandburg, e.e. cummings, Dylan Thomas, Kenneth Patchen, Allen Ginsberg, Lawrence Ferlinghetti vendent mieux leurs livres, beaucoup mieux, que nombre de romanciers. La modernité ou le classicisme de leurs oeuvres ny entre pour rien. Moins encore une quelconque attitude sociale. Les poèmes de T.S. Eliot et dEzra Pound, pour aussi absurdement réactionnaires que soient leurs auteurs, se vendent bien parce quils communiquent au lecteur le sentiment dune vie chargée de sens. Tel est, peut-être, le premier rôle du poète: doter la vie dun sens convaincant. Je suis venu pour quon ait la vie, et quon lait surabondante. Les gens qui tiennent cette promesse finissent peut-être sur une croix. Il nempêche quils passent rarement inaperçus. (17 juillet 1960)
Le tao de la pêche à la mouche
Nous irons à Mineral King, au-dessus de Visalia, sur la crête du Sequoia National Park. Nous franchirons la colline et louerons deux mules. De ce point, nous marcherons et camperons à notre guise. Le jour où nous naurons pas envie de charger les ânes, les enfants se promèneront sur leur dos autour des prés. Cest le plus bel endroit de la sierra le haut plateau et la région des pics, à louest du mont Whitney. Pour peu quon sécarte des sentiers, ce qui est possible grâce aux mules, on découvre des paysages restés presque intacts. Je connais une foule de merveilleux lacs isolés, où le poisson abonde, où lherbe est bonne pour les montures et où il ne passe personne ou presque de tout lété. Il y a toutes sortes descalades à entreprendre si le coeur vous en dit, depuis les sommets que lon peut gravir à dos de mulet jusquaux courses les plus délicates qui soient dans tout le pays... Depuis trente ans, jai passé ainsi la plupart de mes étés. Lannée dernière, nous étions en Europe et, il y a deux ans, dans les Gros Ventres, au pied des Rocheuses, dans le Wyoming. Je suis heureux de retrouver mon canyon. Je me suis toujours senti près de moi-même à la montagne. Cest là que jai effectué lessentiel de mon travail créatif. Cest du moins à la montagne que jécris presque tous mes poèmes. Lhiver, la vie citadine semble offrir trop doccasions de se disperser ou de travailler. Qui a dit que la poésie était lémotion remémorée dans la tranquillité? Je ne peux parler quen mon nom, mais la tranquillité, je la trouve au bord dun lac de montagne, sur la ligne ultime dune forêt. Là me reviennent, pleines de sens et de profondeur, toutes les expériences et les émotions passées que jessaie de retranscrire. La pêche à la mouche produit le même effet sur moi. Elle est comme une sorte de mathématique supérieure, pratiquement incarnée, appliquée à létude du courant vagabond. Une activité réunissant toutes les vertus et aucune des tensions de lart et de la mystique pris ensemble. Qui plus est, elle permet dattraper du poisson. Inutile de lire des livres sur le Zen ou le taoïsme, de vous plier à des exercices de respiration bizarre ou de vous tordre les jambes dans des positions biscornues. La pêche à la mouche est le taoïsme en actes, simple et passionnant. Elle atteint aux mêmes résultats par des méthodes infiniment plus naturelles: la paix cristalline du coeur que tant de gens recherchent par des voies beaucoup plus difficiles. Si Lao Tseu et Bodhidharma avaient connu la pêche à la mouche, ils se seraient peut-être faits pêcheurs plutôt que mystiques. Remarquez que, à la différence du Zen, elle nest pas un bon moyen dimpressionner les filles crédules dans les cafés beat de San Francisco. Encore que. Je nai jamais essayé. Cela vaut dêtre tenté. La majorité des hommes ressemblent à Antée, le type qui lutta contre Héraclès. Ils reprennent des forces chaque fois quils touchent le sol. Beaucoup ne lont pas compris et continuent, après cela, à se demander ce qui cloche dans leur vie... (7 août 1960)
Carmen
Lopéra doit être une distraction. Un peu comme le cirque ou les bandes dessinées en plus cher. Le contenu intellectuel de lopéra doit sarrêter là ou bien, je mennuie. Je naime pas davantage la grande musique à lopéra, sauf si on appelle Verdi de la grande musique. A mes yeux, Wagner représente le comble du mauvais goût dans lhistoire de lart. De Mozart, je napprécie que les pièces légères. Les opéras profonds, prétentieux, bourrés de notes difficiles et ambitieuses je pense à Woyzeck me donnent des frissons. Je demande à lopéra ce que je demande à Frank Sinatra. Le jour où Frank se mettra à réciter du T.S. Eliot sur une musique de jazz dodécaphonique, on ne me verra pas dans la salle. Carmen ma toujours paru correspondre au degré de sérieux que peut atteindre un opéra sans cesser dêtre distrayant. La partition de Bizet est nette, brillante, efficace. Mérimée nétait pas un écrivain de première grandeur à son époque. De nos jours, il figurerait parmi les collaborateurs réguliers et appréciés des meilleurs magazines de second ordre. Avec Carmen, il a créé une tragédie dont les personnages évoluent sur la mince ligne de partage qui sépare les archétypes classiques et les grands stéréotypes de la culture de masse. Les librettistes ont élagué lintrigue afin dobtenir un drame serré et, selon une formule bien française, ils lont équilibrée en lui ajoutant le personnage de Micaëla la bonne fille. Il est facile de critiquer ce genre de formules; il nempêche quelles fonctionnent. Que fit Racine dans Hippolyte et dans Phèdre, sinon ajouter une bonne fille à ses tragédies sombres et sanglantes? Il na certainement pas amélioré Euripide; il en a fait néanmoins une histoire française. Pourquoi nexiste-t-il pas dadaptation à lopéra de Hamlet, de La Duchesse dAmalfi ou de la pièce de Ford, Le coeur brisé? Ces deux dernières oeuvres du théâtre élisabéthain se prêtent mieux à lopéra que Hamlet. La raison en est, naturellement, que ces oeuvres sont beaucoup trop bonnes et beaucoup trop émouvantes. Leur texte diviserait la réaction du public. On pourrait mobjecter que lopéra étant un art majeur en Chine et au Japon, on ne voit pas pourquoi il ne le deviendrait pas chez nous aussi. Précisément. Le théâtre chinois et le kabuki ne sont pas des chefs-doeuvre de littérature, et la musique qui les accompagne reste, dans lensemble, monotone. À chaque situation dramatique sadapte une formule musicale qui varie peu. Cet opéra est du grand art populaire. Seul le monde moderne trace une séparation entre ce qui est majeur et ce qui est populaire. Carmen possède sa propre grandeur. Cest une grande oeuvre notamment parce quelle présente un parfait mélange de tous les ingrédients nécessaires à la popularité. (25 septembre 1960)
Pourquoi je naime pas les festivals de jazz
Pour moi, le jazz est une musique intime. Il repose sur la participation étroite du public. Il est né dans différents lieux dont nul ne contestera lambiance intime: les bordels de la Nouvelle-Orléans, dabord; Congo Square, ensuite, où les Noirs menaient une vie de groupe et folklorique intense; et, enfin, la petite communauté, à la vie plus intense encore, de léglise revivaliste. Le jazz rencontrait le plus de succès dans de petites enceintes, même à lépoque où les vastes salles de danse faisaient fureur. Les orchestres de la période du swing, cest un fait, jouaient devant un public nombreux. Mais nous en sommes revenus aux petits ensembles, se produisant dans de petits clubs, et rares sont les formations importantes qui ont pu se maintenir jusquà nos jours. Je pense que le rapport avec le public détermine la qualité de la musique. Je déteste la Renaissance du Dixieland, cette musique destinée à des étudiants imbibés dalcool, qui tapent sur les tables, battent des mains et se lèvent en braillant comme des veaux: eh, les gars! Remettez-nous ce bon vieux Tiger rag!, avant de sécrouler sur le sol. Cest la musique du bon vieux temps, oui. Pour ceux qui sen font cette idée-là. Pas pour les autres. Le jazz dOrnette Coleman, celui que jouent le Modern Jazz Quartet et John Coltrane est avant tout une musique de chambre populaire. Il est le produit de boîtes de nuit dun style particulier. À coup sûr, latmosphère des boîtes de nuit ordinaire ne lui convient pas. Cest ce que je veux démontrer. Le jazz a besoin du calme et de la pénombre des antres où les filles portent des robes décolletées aux épaules et des coiffures bouffantes. Il réclame le léger tintement des verres et le rire crispé des femmes qui se veulent dangereuses. Nous ne sommes pas aux courses, ni au football. Le Modern Jazz Quarter en concert sur un hippodrome devant 8000 personnes offrirait un spectacle aussi ridicule, ni plus ni moins, que si le quatuor à cordes de Budapest se produisait dans les mêmes conditions. Je reproche aussi au jazz moderne dêtre dominé par le vedettariat, ce qui ne laisse subsister que le modèle de jeu le plus puéril: je prends le premier chorus, tu me suis, il te suit et on se retrouve tous à la fin. Pour le dire autrement, chacun fait son numéro et chacun, hormis, parfois, le malheureux batteur, se donne une occasion dépater la galerie. Jattends avec impatience le jour où je pourrai me rendre dans un club et écouter un morceau entier sans entendre un seul solo de plus de quatre mesures. Que le musicien soit bon ou non, cette forme devient insupportable au bout de quelques années, et voilà pourquoi les gens se détournent du jazz. On ne se lasse jamais des solos efficaces et interminables de Loiseau de feu ou de la Sonate en trio de Debussy. Ces deux oeuvres ont exercé une forte influence sur le jazz moderne. Imaginons un instant lennui qui se dégagerait delles une fois réduites à quelques variations sur un thème, découpées en solos de trente-deux mesures accompagnées par une section rythmique! Cest en cela que réside le primitivisme du jazz moderne, et non dans ses origines africaines. Létonnant est que le jazz africain moderne, si lon tient à lappeler ainsi, soit moins primitif que le nôtre. La musique africaine populaire est incomparablement plus complexe et contrapuntique. Les festivals de jazz ne font que renforcer le règne des vedettes. La prime va aux noms célèbres, à la virtuosité, aux trouvailles et autres acrobaties. Latmosphère de cirque qui prévaut corrompt léchange entre le musicien et son public. Des innovations musicales sérieuses sont ainsi appréciées pour de mauvaises raisons: on les confond avec des tours de force, des sauts périlleux et des exploits dignes dathlètes. Le jazz nest pas un spectacle sportif. Cest un art qui repose sur la participation de lauditoire... (2 septembre 1960)
Élégance mathématique et fiction classique
Je les ai découverts à lâge de dix-neuf ans. Peu de livres ont exercé plus dinfluence sur moi. Je les empruntai un à un à la bibliothèque et les lus dans un état de transe. Bien quils aient été dun prix inabordable pour un adolescent obligé de subvenir à ses propres besoins, je mis de largent de côté pour me les offrir dès que possible. Aujourdhui Dover Press, dans une collection au format de poche, met à notre disposition les trois plus importants dentre eux: lhistoire, lEuclide et lArchimède. Pappus, Proclus et Diophante sont, quant à eux, publiés en français en Belgique (ils sont parmi les livres les mieux imprimés de ma bibliothèque), et on peut lire à la Loeb Library un choix doeuvres mathématiques grecques. Quelques centimètres de rayonnages, cest à peu près tout ce qui a été conservé de la mathématique en Grèce. La civilisation occidentale repose sur ces livres, autant que sur Homère et sur la Bible ou sur Platon, Aristote et les tragiques grecs. Les Grecs méprisaient toute application pratique des mathématiques. Le Traité des sections coniques étudiait un aspect pour eux mineur de la géométrie, sans lien aucun avec la réalité quotidienne. On en resta là pendant un millénaire, jusquà ce que Descartes reformule en termes algébriques modernes les sections coniques, qui devinrent le fondement dune bonne partie de la science moderne. Les orbites que décrivent les corps célestes sont, en vérité, des sections coniques. Sans cette découverte, ni Max Planck ni Einstein nauraient pu découvrir leurs équations. Les courbes statistiques sont des formules semblables. Les satellites artificiels décrivent eux aussi ce type de figures. Les mathématiciens ont cependant toujours été des artistes avant tout. Que nous utilisions leurs formules pour voler en direction de Mars ou pour exterminer le genre humain, équations et constructions restent également indifférentes à la moralité de leurs applications. Elles ont quelque chose de plus important à nous apprendre en elles-mêmes. En mathématique, la beauté et la perfection dune oeuvre se reconnaissent à leur élégance. Cette expression regroupe un ensemble de qualités morales: la confiance de lesprit humain en son ordre, en sa noblesse et en sa discipline propres; lassurance que lunivers, au-delà des limites étroites de lesprit humain, est le reflet de cet ordre. Lart, la philosophie, aussi bien que la science, sont fondés sur cette assurance. Telle est la première leçon que lhomme air tiré de lexpérience, et sil nen tient pas compte, il devient, selon lexpression de Ptolémée, un animal, la chose dun jour. Les plus grandes oeuvres de la littérature sont grandes parce quelles partagent cette noblesse et la révèlent. Les grandes oeuvres de fiction en prose ne sont pas grandes parce quelles traitent de sujets profonds, ce que font tant de romans dun jour, mais parce quen elles-mêmes, elles sont profondes. Le bavardage à propos de la noblesse, de la magnanimité, du courage est à la portée de nimporte quel crétin. Autrement difficile est dincarner ces vertus. La vie amoureuse dun prince japonais; les rivalités à lintérieur dun harem chinois; les aventures dun gentilhomme campagnard dans lEspagne de la Renaissance; la triste histoire de chevalerie et de trahison dans une Angleterre qui nexista jamais; les farces de deux géants fabuleux; les affaires privées dune poignée de fermiers islandais; un garçon et son ami noir dérivant sur le Mississipi; les remords de trois frères névrosés en Russie; léducation dun petit anglais; les malheurs dun godelureau français de ces matériaux sans importance, aussi triviaux en eux-mêmes que les lignes et les cercles dEuclide, sont nés les grands drames en prose de lhumanité. Ce sont les livres qui, chacun sous son apparence singulière, à nul autre comparable, possèdent la noblesse et le mystère que pressentirent Archimède dans la spirale et Apollonius dans la parabole. Eux aussi méritent cette rare approbation artistique quexprime, dans la bouche des mathématiciens, le mot élégance. Je pense au Dit de Genji, de Murasaki Shikibu; au Rêve dans le Pavillon Rouge, par un auteur chinois incertain; à Don Quichotte; à la Saga de Niail; à la Mort dArthur; à David Copperfield; à Gargantua et à Pantagruel; aux Frères Karamasov; au Rouge et le noir; sans oublier Huckleberry Finn. Tout le monde na pas le bagage nécessaire pour suivre les spéculations des grands philosophes, des saints, des savants et des mathématiciens. Tout un chacun peut lire de bonnes histoires, variées et passionnantes, et y découvrir lesprit humain parvenu à son plus haut point daccomplissement. Ces oeuvres sont désormais disponibles à bon marché. Jespère pouvoir parler ici de chacune delles au fil des mois. (27 novembre 1960)
Noël
Nous avons organisé une fête. Nous sommes allés voir Casse noisette et La Belle et la Bête au théâtre. Nous avons admiré toutes les vitrines, rencontré tous les pères Noël de San Francisco. Ensuite, nous avons assisté à la messe de minuit à léglise de lAvent et, enfin, en manteau rouge et barbe blanche, jai distribué les cadeaux. Nous profitons le plus possible de Noël. Certains de mes amis intellectuels trouvent cette fête trop commerciale. Dautres y voient une hypocrisie. Dautres encore, la survivance dun rite solaire. Cela nous est égal. Nous aimons Noël. Même si quelques uns y trouvent loccasion de rivaliser avec les autres et de montrer leur statut, il est bon pour eux de faire semblant, ne serait-ce quune fois par an, dêtre généreux. Que mimporte si les commerçants se remplissent les poches en nous vendant des jouets fragiles et des déshabillés qui déteignent au premier lavage. Si la libre entreprise nengendrait pas dautres maux, il ny aurait pas de quoi fouetter un chat... En fait, notre maison est pleine à craquer de cadeaux de Noël vieux de plusieurs années. Jai devant moi, en écrivant ces mots, un chevalet que ma première épouse mavait offert, il y a plus de vingt-cinq ans. Je le revois encore, entouré de guirlandes et suspendu avec des ornements derrière la porte, dans le noir; cétait une surprise. Il se peut que mes filles aient le goût de lordre et de la conservation, mais elles ont gardé la plupart des poupées, des jouets et tous les livres qui leur ont été offerts. Cela commence à poser un problème de rangement. Je suis entouré par les cadeaux de Marthe; et elle par les miens: les histoires de lart de chez Skira, la statuette minoenne de la Déesse aux serpents sur la commode tout dépend de lusage que vous faites de votre argent et de votre désir de faire plaisir. Que Noël soit ou non un mythe solaire, quest-ce que cela change? Pour ma part, je ne le crois pas, et ce genre de critique de la Bible est jugée dépassée dans les milieux informés. Mais en supposant une seconde que cela soit vrai, ce dont nous avons un besoin urgent, cest de grandes fêtes marquant le changement dannée, le sommeil de la terre, son réveil et sa germination. Ils ont de la chance ceux dentre nous qui appartiennent encore à des religions célébrant de tels moments de la vie personnelle: la naissance, la puberté, la vocation, le mariage, la mort. Tant pis si les factures de la première communion, de la Bar Mitsvah ou de la noce coûtent douze mois de travail. Pendant quelques heures au moins, la plus humble et la plus routinière des existences sest vue accorder un semblant dimportance transcendante, et on sest rendu compte que nul être humain nest insignifiant... (25 décembre 1960)
Lédition imprimée du San Francisco de Kenneth Rexroth contient beaucoup de belles illustrations ainsi que d’utiles notes et commentaires par le traducteur. On peut commander ce beau livre auprès de la Librairie À la Page (anciennement Libraire La Brèche).
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